dimanche 29 mars 2009

Entre les murs...


Voilà deux semaines que j'ai commencé mon stage au sein de la prison de Baumettes à marseille.
J'aurais du écrire plus tot.
Ecrire quand j'en avais encore les trippes retournées en sortant chaque jour de ce lieu.
Quand j'étais encore frappée par la lumière sombre et grise des couloirs.


Ecrire pour marquer noir sur blancs ces moments entre deux grilles, à attendre que l'on veuille bien m'ouvrir, parmi les detenus, écrire les mots, et les regards sur moi.
Décrire cette odeur de pisse et d'égout un peu partout, de renfermé depuis des siecles...
Ce grincement de porte incessant, ces bruit de clefs, ces cris dans les cellules.

Ces murs qui n'en finissent plus et les miradors tout autour.



Mais j'ai laissé passé le temps et je ne peux plus écrire cela.
Car je ne le vois plus.
Cette impression d'avoir toujours travaillé là bas. De m'y sentir....... comme chez moi.
J'y suis bien. Et j'y apprends, tellement de choses....

Je me balade désormais seule d'un bout à l'autre des bâtiments, traversant couloirs et escaliers sinistres, saluant avec sourire ceux que je commence à reconnaître, remercie lorsqu'ils me tiennent la porte en gentlemen avertis.
Le complexe du détenu moi? Non, mais il m'est difficile aujourd'hui de me rappeler pourquoi ils sont là. Ce qu'ils ont pu faire pour atterrir ici.




En classe, ils redeviennent des élèves, des enfants, se chamaillent, se soufflent les réponses, se piquent les crayons.
Ils ont souvent des attentions extra. Amènent des gâteaux au chocolat, me servent le café en me demandant "combian dé suc vous préné madémazel".....
Car oui, nous buvons le café à la pose de 10h.

Il n'y a pas de petits déjeuner en prison et la matinée de travail devient vite assez longue pour eux.
L'autre jour, cette pause à été pour moi l'occasion de discuter plus longuement avec un détenu et d'entendre le récit de sa vie. Ses voyages dans le monde entier, ses petites expériences à droite et à gauche. . . (Il m'a conseillé l'inde pour le MAE...)

Avec un autre j'ai pu échangé quelques mots en Arabe. Et la magie de son sourire alors sur son visage. Peut être s'était il tout à coup senti exister dans sa propre culture. Il m'a appris d'autres mots. On a beaucoup ri ensemble de ma prononciation maladroite. Mais il a mis plus d'ardeur encore ensuite à parler français. Donnant donnant.

J'ai pu également me rapprocher du centre de ressource multimédia, construit dans l'ancien quartier des condamnés à mort. Un endroit exceptionnel agité par des gens fabuleux.
Des intervenants, journalistes, animateurs radio, cinéaste, universitaires viennent régulièrement offrir un peu de leur savoir, de leurs compétences aux détenus. Des cours de langues, des cours d'informatique, voire même des cours d'ethnologie ou de sociologie...

Les prisonniers peuvent venir ici apprendre. La condition est la suivante, ils doivent en retour produire quelque chose pour les lieux, un dossier, une affiche, un dessin, une peinture, un article dans le journal de la prison, peu importe. (Le journal porte le nom de Monte cristo.. ou l'histoire d'un homme qui, injustement incarcéré fini par s'évader de la prison et passera le reste de sa vie à rétablir la justice...)
Bref, l'iportant est juste qu'ils y laissent une trace. De ce qu'ils ont pu y découvrir et y apprendre et réaliser qu'ils peuvent ainsi construire leur savoir, qu'ils sont capables de produire eux aussi, des choses bien.

Un lieu de vie, d'accouchement comme le dit si bien la responsable des ateliers.


Voilà. Peur peut être de m'égarer de l'essentiel au final. L'observation de la classe. Pas évident. Ça agite tellement de choses tout ça.
Ce cadre est si différent. Tout est tellement plus exacerbé à l'intérieur des murs. Nous sommes souvent leur seul lien avec l'extérieur, ces prisonniers étrangers n'ont généralement aucune famille qui viennent les voir au parloir. Ça crée une sorte de lien étrange. Très fort.
Assurément violent tout ça. J'ai demandé à prolonger mon stage jusqu'à juin et il est prévu que je donne mon premier cours cette semaine. Pour rien au monde je ne voudrais être ailleurs, en ce moment. Allez savoir.

2 commentaires:

Flora a dit…

Merci de nous faire partager un peu de cette expérience, qui est unique!

rachel a dit…

Stage pour le moins atypique.. On attend ton mémoire avec impatience, si j'ose dire.

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