
Parfois je me demande si tout n'a pas commencé là.
Quelques chromosomes qui s'emmêlent, et une vie à jamais changée.
Une petite soeur un peu étrange dans ma vie. J'ai 8 ans.
Sans doute, ai-je été ainsi confrontée très tôt à cette étrangeté qui dérange.
Jamais plus depuis je n'ai quitté ce monde.
Appelez-le folie ou autrement, les sentiments qu'il provoquent sont quant à eux bien trop souvent les mêmes. Tantôt peur, tantôt dégoût, pitié ou aversion, il ne laisse jamais indifférent.
Ce qui fait peur, c'est l'inconnu. Ce qu'on ignore, que l'on ne maîtrise pas.
Ce flou imprévisible, si différent de nous.
Il en va pour la folie comme pour les contrées lointaines. On ne s'y aventure que de loin, sans se risquer.
Se rappeler les mots de ma grand-mère, "La Chine ou le Pérou? hou mon gari, je les vois très bien de chez moi, derrière ma télé".
La folie comme culture étrangère alors?
Je ne sais pas.

Je me dis que pour certains, cela doit être ça. Une langue complètement bizarre que l'on ne comprend pas. Une sorte de chinois inaccessible loin de nos normes, de nos cadres rassurants, ébranlant sans cesse nos certitudes.
Une culture nouvelle au contact de laquelle on grandit pourtant inévitablement.
Elle était là, au fond mon expérience de l'interculturel.
Lorsque j'ai eu la première fois à confronter mon système de pensée, mes cadres et mes logiques à celui de l'enfance inadaptée.
Lorsque j'ai eu inévitablement, sans même m'en rendre compte, à remettre en question finalement mes convictions, et interroger mes évidences pour pouvoir continuer d'avancer dans le milieu du handicap.
Vrai négociation entre deux cultures.
Depuis je suis restée "là-bas", dans ce monde.
Et trois fois par semaine, je retrouve mes petits. Ces bouts d'enfants, autistes, ou psychotiques. Cassés d'une histoire familiale trop lourde, ou malmenés par la vie. Et je me cogne à leur langue folle, à leur culture.
Arrive le week-end et je n'atterris pas. Continuer le voyage. Ma bouffée d'air? L'asso comme je l'appelle.
Ils sont mon samedi et mon dimanche, et sont -entre autres- polyhandicapés.
Des adultes atteints d'IMC, tétraplégiques, microcéphales ou encore schizophrènes. Je ne sais plus.
Je ne vois plus leur handicap,leurs particularités.
Question de rencontres sans doute.
Pourtant reste ce doute en moi de cette position que je tiens. Car est-ce finalement un bon idéal au fond, que de ne plus voir la différence en l'autre? Cela lui fait-il perdre de sa richesse, de ce qu'il a à apporter de sa singularité..?
1 commentaires:
je crois que Springer te demandera de donner les ref de Munch...
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